Voici quelques réponses aux questions (FAQ)

1) Pouvez-vous nous envoyer une reproduction de l'œuvre que vous avez effectué sur le mur de Berlin ?
J’ai peint environ 4 kilomètres du mur de Berlin. Elles font maintenant partie de la East Side Gallery :
http://www.galerie-noir.de/wall/index.htm

Voici un texte sur la East Side Gallery :
http://www.galerie-noir.de/ArchivesFrench/esfr.html

Il y a aussi les 80 dessins en format cartes postales qui étaient aussi sur le mur:
http://www.galerie-noir.de/Postkarten/index.htm

2) Quelle fut, vous, en tant qu'être humain, votre réaction face la chute du mur de Berlin ? Et quelle fut, en tant qu'artiste, votre réaction face à la chute du mur ?
Ma réaction en tant qu'artiste ou être humain, face à la chute du mur, a été la même. Cela a été un grand soulagement. La ville devenait plus grande, je n'habitais plus au bout du monde. Les gens étaient moins manichéens. La présence des soldats cédait la place à une vie normale. Je pouvais aller avec la poussette de ma fille juste de l'autre côté du boulevard (Bethaniendamm) pour aller au jardin d'enfant situé, avant novembre 1989, dans une ville inaccessible et pourtant juste en face de chez moi. Le mur disparu laissait la place à des rues inutilisées depuis 28 ans

3) Pourquoi avoir choisi le mur comme support pour peindre (quel était sa symbolique) ?
Le mur c'était l'angoisse sourde, une angoisse anti-spectaculaire, presque nulle. Il ne se passait rien près du mur. Une mélancolie au quotidien. Puis tout à coup... Clap! Le mur avalait sa proie pour se rendormir aussitôt... J'ai toujours dit que l'on pouvait peindre des kilos de peinture sur le mur, il resterait pour toujours une machine à tuer, un crocodile rôdeur qui n'attendait que le moment propice pour attraper sa proie. Voilà un texte là-dessus:

4) Et après la chute de ce mur, que symbolisait-il pour vous ?
Le mur de Berlin a été l'élément déclencheur qui m'a poussé à peindre. Sa présence était si oppressive qu'il m'a forcé à réagir. C'était surtout insolent de peindre le mur, mais depuis qu'il est tombé, ce geste a acquis encore plus de pertinence. Ça signifie qu'il est possible de s'en prendre ce qu'on considère intouchable, et en venir à bout, mais il ne faut surtout pas baisser les bras. Il faut risquer la confrontation. Je pense ici à la belle phrase de Rainer Maria Rilke: Tous les dragons de notre vie ne sont peut-être que des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux. (Lettres à un jeune poète). Ça doit être la même chose pour les crocodiles…

5) Vos œuvres, après la chute, ont-elles été inspirées de l'événement symbolique ?
Après la chute du mur, j'ai essayé de conserver la même technique de peinture, 2 idées, 3 couleurs, on mélange le tout et voilà, la peinture est finie. Cette façon de peindre dans l'urgence a beaucoup d'énergie, donc pas de raison d'en changer!

6) Maintenant, quels souvenirs gardez-vous de cet événement ?
Il est important de savoir qu'aucun mur n'a jamais été construit pour l'éternité. Voilà pourquoi nous avons fait une expo avec des restes du mur de Berlin à Nicosie (Chypre), entre le secteur grec et le secteur turc…

7) Quand vous avez peint sur le mur, ou à propos du mur de Berlin, que pensiez-vous ? Quel message souhaitiez-vous faire passer au public ?
La peinture sur le mur était automatiquement politique, et il était indispensable d'expliquer pourquoi, tout en peignant. Certaines personnes étaient agressives, et il fallait souvent leur répéter que nous n'étions pas engagés par la mairie de Berlin pour rendre la ville plus belle.

8) Pouvez-vous nous dresser un portrait de vous-même, et nous dire quelles ont été vos motivations pour vous diriger vers l'Allemagne ?
Je suis venu à Berlin en janvier 1982 avec deux petites valises, attiré par la musique de David Bowie, Iggy Pop, DAF, Nina Hagen et tant d'autres qui, à l'époque, habitaient à Berlin-Ouest. J'avais 23 ans et je voulais savoir pourquoi tous ces musiciens allaient à Berlin et non pas à Lyon où j'habitais à l'époque. À partir d'avril 1984, j'ai commencé à peindre des fresques sur le mur de Berlin. Avec les années, elles ont pris des proportions considérables et elles ont été rapidement reconnues sur la scène artistique internationale. On a compris qu'il ne s'agissait pas d'embellir le mur, mais de le démythifier. Ces peintures sont devenues l'expression de la liberté retrouvée, après la réunification des deux Allemagnes et la fin de la guerre froide.

9) Comment définiriez-vous le mur de Berlin, et la chute du mur de Berlin ?
Le mur a été construit pour empêcher les gens de partir, et ensuite démonté pour empêcher les gens de partir. Ça, c'est le paradoxe du mur.

10) Le mur est-il encore "présent" pour vous ?
Comme je le disais plus tôt, le mur, sa présence physique m'a provoqué, de façon presque viscérale, à peindre. De ce corps à corps avec le mur, je suis devenu celui que je suis aujourd'hui. Il est donc présent dans mon histoire personnelle, comme il l'est dans l'histoire de l'Allemagne et du monde.

11) Quelle est la dimension symbolique du mur et de la chute du mur ?
Dimension symbolique, c'est un bien grand mot, bien trop important pour désigner ce gros morceau de béton! La dimension symbolique, c'est justement ce que je voulais attaquer quand je peignais le mur comme s'il s'agissait de n'importe quel autre édifice. (Cesser d'avoir peur du monstre, c'est déjà le vaincre à moitié.) De toute façon on voit bien que depuis la disparition du mur, d'autres divisions moins tangibles ont apparu, entre l'Est et l'Ouest, entre classes sociales, etc. Il faudra arriver à mettre le doigt sur ces murs-là, et un coup bien identifiés, commencer à les démanteler eux aussi, par la beauté, par l'art. L'art a toujours servi a ça: se réconcilier avec l'horreur, et souvent la vaincre.

12) Vous étiez âgé de 22 ans quand vous êtes parti en Allemagne. Mais connaissiez–vous ce pays auparavant ? Parliez-vous la langue ? Ou bien est-ce seulement grâce à votre ami qui lui-même revenait de Berlin ?
Je ne connaissais pas l’Allemagne, mais j’avais beaucoup entendu parlé de Berlin. Berlin est venu à moi tout d’abord à travers mon copain vosgien qui y avait passé 6 mois. Il en était revenu avec un bon look, des belles chaussures, il me racontait des tas de trucs qu’il avait fait, j’en avais les yeux tout ronds. J’avais aussi entendu parlé de Berlin à travers la musique. David Bowie y avait passé un temps, Iggy Pop aussi. On parlait du Mouvement de squatters de Berlin (Tuwat, Tunix). Il y avait des manifestations violentes, il y avait eu des morts. Il y avait le film sur Christiane F. dont Bowie avait fait la musique. Il y avait le mouvement Nouvelle Vague Allemand (Neue Deutsche Welle): avec Nina Hagen et DAF. Je me demandais pourquoi tous ces gens allaient à Berlin et non pas à Lyon où j’habitais. Alors j’ai décidé en Janvier 1982 d’aller voir par moi-même pourquoi.

13) Comment avez-vous rencontré vos amis, Christophe Bouchet, Kiddy Citny… ? Ont-ils eu en même temps que vous la même motivation de peindre le mur ?
J’ai rencontré Christophe Bouchet et Kiddy Citny à Berlin. Il y avait à Berlin Ouest une bulle créative. Plein de gens différents venus d’horizons différents se sont retrouvés dans cette bulle. La vie avec le mur n’était pas si rose que cela et même pendant l’hiver très dur. Il fallait être créatif et le rester pour survivre la situation d’isolation artificielle, crée par le mur et une certaine schizophrénie crée par le mur. Je suis tombé dans cette bulle des le début de mon séjour. Cela n’était pas du tout une démarche intellectuelle mais plutôt une impression de faire quelque chose pour ne pas devenir mélancolique où bien sombrer dans la dépression, la Berliner Krankheit (La maladie de Berlin).

14) Avant de commencer à peindre le mur, avez-vous été influencé par quelqu’un, qui vous vous incite où vous donne l’idée de peindre ?
J’ai commencé à peindre le mur de Berlin en avril 1984, 2 ans après ma venue dans la ville. On peut dire que cela a été une lente compréhension de ce que était le mur. Une énorme machine à tuer, un espèce de crocodile qui de temps en temps se réveillait et mangeait une où plusieurs personnes pour se rendormir ensuite jusqu’à la prochaine fois. Il fallait que je fasse quelque chose contre ce mur, je vivais dans un centre de jeunes, dont les fenêtres donnaient directement sur le mur. Je voyais ce mur l’hiver, l’été, la nuit, le jour et ce n’était vraiment pas comme dans la chanson Berlin de Lou Reed de 1974, où il chantait :
It was so nice it was paradise, Berlin by the wall.

15) Quels étaient le genre de slogans inscrits sur le mur ? Quel style de dessins ? En couleur, noir et blanc ?
Sur le mur de 1984 il n’y avait que quelques petite peintures, surtout beaucoup de slogans politiques (RAF, anti-américains, squatters...) et aussi des slogans racistes contre les nombreux turques qui habitent dans le quartier de Kreuzberg, qui était à coté du mur. Nous avons été les premiers à peindre le mur de haut en bas.

16) Quelles ont été vos réelles motivations de peindre ? Habitant que depuis 2 ans à Berlin, vous sentiez vous déjà Berlinois et presque allemand ?
Pour nous, c’est étonnant qu’un Français prennent de tels risques pour un mur étranger ! Mais nous sommes conscientes que ce mur a eu des répercutions mondiales et que étant à Berlin, vous ne pouviez pas rester indifférent. En effet, il y avait de gros risques ! J’ai eu un besoin physique de faire quelque chose contre ce mur, j’ai pris toutes les bombes de peintures que j’avais et j’ai peint. Le lendemain avec Christophe Bouchet nous avons décidé d’améliorer la méthode et de nous servir de rouleaux et d’échelles et de peindre le mur de haut en bas.

17) De quelles sortes étaient les réactions de Berlinois lorsque vous avez commencé à peindre ? Quelles étaient les plus nombreuses réactions (positives, négatives, indifférentes) ?
A mon avis personne n'avait vraiment de réactions indifférentes vis à vis du mur. Il y avait une si forte émotion lorsque que l’on voyait le mur que chacun se sentait aussitôt concerné. Au début cela a été très dur de peindre, beaucoup de gens nous disaient que nous étions payé par la mairie de Berlin pour rendre la ville plus belle. Il fallait toujours peindre et expliquer en même temps. On peut peindre des kilos de peintures sur le mur il restera ce qu’il est une machine à tuer. Il fallait toujours peindre d’un oeil, l’autre faisant attention aux Vopos et aux passants agressifs.

18) Comment s’est passée la destruction du mur ? Combien de temps cela a pris ? Qui a détruit ? Quelles étaient les réactions des Vopos lors de la réunification ?
La destruction du mur a été lente. Je me souviens que les bulldozers sont venus vers le milieu du mois d’août devant ma maison pour enlever les segments du mur. On a voulu tout de suite en effacer les traces pour faire des nouvelles rues où bien les restaurer. Le mur dans les têtes et les cœur des gens a été encore plus long a se détruire. Les Vopos ont été dépassés par les événements et ont vu, le regard sombre, les allemands de l’est passés devant eux.

19) Pourquoi avoir voulu peindre l’autre coté du mur alors qu’il allait être détruit peu de temps après ?
A partir de mi-novembre 1989, les Vopos gardaient toujours le mur mais cela était plus où moins symbolique. Ils ne pouvaient plus tirer. Les Berlinois, les touristes, le monde entier, tapaient sur le mur pour en récupérer des morceaux. On aurait cru la ruée vers l’or. La perfection du mur le détruisait. Les couleurs sur le béton se changeaient en acide qui trouait le mur. A force de taper il se créait des trous qui grossissaient de jours en jours. En février 1990, les trous étaient si gros que l’on pouvait passer à travers. Alors je prenais un plaisir à faire un pied de nez aux Vopos qui continuaient à garde le mur. Je passais á travers un trou et comme au début avec juste une bombe de peinture je peignais en vitesse juste les contours de mes têtes sur le dos du mur encore blanc. Les Vopos me voyant me criait d’arrêter et venait dans ma direction. Je les ignorais et continuer ma peinture tout en les observant du coin de l’oeil. Lorsque je les voyais trop près de moi, oups, je repassais à travers le trou. Et ainsi de suite parfois plusieurs fois à la suite. Ils étaient furieux. C'était une sorte de revanche après toutes les difficultés qu’ils noua avaient faites pendant toutes ces années de contrôles.

20) Quelle a été votre participation dans le film « Les ailes du désir»? Le réalisateur s’est-il servi uniquement de reconstitution ou bien du mur « initial » ?
J’ai rencontré Wim Wenders dans les restaurants le soir où je vendais mes tableaux. On allait dans les mêmes endroits, alors il m’a demandé en février 1987 si je voulais participer au film. Il fallait peindre sur un faux mur en bois et en même temps restaurer les vraies peintures de la Waldemarstraße à Kreuzberg. J’ai peint environ 200 mètres du mur pour le tournage. On me voit sur une échelle lors du travelling le long du mur. L’ange (Bruno Ganz) voit pour la première fois la vie en couleur.

21) Sur votre site, vous insistez sur les dangers que vous courriez en peignant vos fresques sur le mur. Aujourd'hui, avec le recul, votre acte vous paraît-il toujours aussi dangereux ?
Oui la peinture du mur était dangereuse, interdite même. Cela parait incroyable maintenant mais c’est vrai. 2 frères se sont fait arrêté en 1986 par les gardes frontières de la DDR et on été emmené à Berlin Est. Ils ont fait presque un an de prison pour avoir peint sur le mur à Potsdamer Platz. Ils ont été libéré a l’occasion du 750ieme anniversaire de Berlin en Octobre 1987. Il faut dire que le mur n’était pas la frontière et lorsque l’on peignait le mur on se trouvait déjà à Berlin Est.

22) Vous savez sans doute que des artistes de l'Est ont eux aussi peint le mur. Une opinion ?
Non les artistes de Berlin Est n’ont jamais peint le mur avant novembre 1989. Ils auraient fait des années de prison s’ils avaient été arrêté par les gardes frontières de la DDR. Ils ont peint le mur pour la première fois grâce à la peinture de Daniel Boulogne le mardi 21 Novembre 1989. Ils n’osaient pas commencer. J’y étais aussi. Pour la première fois j’allais à Berlin Est. 3 heures. De 11 à 14 heures. Le lendemain les gardes frontières avaient tous repeint en blanc.

23) Vous êtes arrivé à Berlin en 1982. A cette époque, le mur était debout depuis une vingtaine d'années. Les berlinois pensaient-ils déjà à une réunification ? Plus généralement, quelle était la place du mur dans les esprits ?
Les Berlinois ignoraient le mur pour la plus part. Ils allaient voir le mur qu’une ou deux fois pas an, par exemple avec des amis de passage ou de la famille en visite. Les gens vivaient comme sur une île artificielle. Beaucoup prenait l’avion pour aller en vacance et ainsi éviter de passer par l’Allemagne de l’est et ses corridors de transit. La DDR était loin et proche à la fois. Cela rendait parfois un peu schizophrène. 2 mondes séparés par un gouffre et qui pourtant se touchent.

24) On vous a souvent reproché d'avoir fait de vos fresques un "commerce", certains se sont même insurgés : "on ne fait pas de commerce avec la paix !" Une réponse ?
J’ai commencé a vendre des cartes postales du mur et aussi des T-shirts parce que je me suis rendu compte que des 1984 d’autre gens utilisaient mes motifs et vendaient des cartes postales et des T-shirts. Alors je me suis dis que je devais aussi en faire de même.

25) Si c'était à refaire ?
Si c'était à refaire et bien je le referais. Peut-être que je prendrais plus de photos des peintures qui ont été recouvertes ou qui sont parties en petits bouts après la chute du mur en Novembre 1989.

26) À quel âge avez vous fait votre première oeuvre ?
A partir d'avril 1984, aidé par Christophe Bouchet, Thierry Noir commença à peindre des fresques sur le mur de Berlin. Elles prirent avec les années des proportions considérables et furent rapidement reconnues par la scène artistique internationale. Il ne s'agissait pas d'embellir le mur mais de le démythifier.

27) Etait-ce sur le mur ?
Oui sur le mur de Berlin, juste devant ma porte, qui donne sur l´arrière du centre de jeune « Georg Von Rauch-Haus » ou j´ai habité entre 1982 et 2002

28) Pour quelle raison et avec qui ?
Dès le commencement de leurs fresques murales, Thierry Noir et Christophe Bouchet reçurent tout de suite toutes sortes de questions, de la part des passants. C'est ainsi qu'ils se rendirent compte qu'ils avaient fait quelque chose d'important. Ils ne pouvaient plus arrêter sinon on leur aurait en plus demandé pourquoi ils arrêtent. On leur demandait souvent pourquoi ils veulent que le mur soit beau. Ils répondaient à chaque fois: "Nous n'essayons pas d'embellir le mur parce qu'en fait c'est absolument impossible. 80 personnes ayant trouvées la mort en essayant de le franchir pour passer à Berlin-Ouest, font que l'on peut bien recouvrir le mur de Berlin de centaines de kilos de peinture, ce mur restera toujours le même." Un monstre sanglant, un vieux crocodile qui de temps en temps se réveille, mange quelqu'un et puis s'endort à nouveau, jusqu'à la prochaine fois. La peinture sur le mur de Berlin avait toujours ce côté exceptionnel, il y avait toujours une émotion en plus pour faire muter la peinture ordinaire en un acte politique exceptionnel.

29) Le fait de peindre des visage a t'il une signification particulière ou est ce juste pour une raison de rapidité ?
La peinture sur le mur avait commencé déjà fin avril de la même année pendant une nuit de pleine lune. Les premières peintures de Thierry Noir, voyaient le jour sur le mur de Berlin. Un murmure se faisait entendre. Les grands formats colorés, des grandes fresques pleines de couleurs, apportaient un changement dans ce quartier de Berlin (Kreuzberg). Il y avait à cette époque très peu de peintures sur le mur gris de 3 mètres 60 de haut. Juste des slogans mêlés les uns sur les autres. Au début Thierry Noir et Christophe Bouchet avaient beaucoup de difficultés avec les peintures du mur. Pour éviter les questions et souvent les insultes ils avaient peint les premières peintures pendant la nuit. En effet on racontait aussi beaucoup de légendes sur le mur si bien que les 2 artistes avaient peur de se faire attraper par les garde-frontières et de se faire arrêter puis emmener à Berlin-Est pour être interrogé. Voilà comment la devise des artistes du mur fut créer: Un oeil qui peint pendant que l'autre doit faire attention aux soldats. 2 idées 3 couleurs, vite on mélange le tout et la peinture est finie. Noir et Bouchet commencèrent ce 16 mai 1984 a approché ce slogan de la réalité avant de le perfectionner par la suite.

30) Quel était votre état d'esprit lorsque vous peigniez ces visages ?
Il s'agissait d'une peinture au kilomètre, qui permettait de peindre des surfaces considérables en un temps record.

31) Quels risques preniez vous ?
Le mur étant construit environ 3 mètres en retrait de la frontière officielle, les soldats est-allemands avaient ainsi le droit d'arrêter toute personne s'approchant trop près du mur. Il fallait être très rapide, toujours peindre d'un œil, l'autre faisant attention aux soldats, surtout ne pas peindre seul ou dans des endroits isolés. Il fallait aussi se tenir à l'écart de ces petites portes de béton intégrées à l’intérieur d'un segment préfabriqué. Il était absolument interdit de peindre le mur de Berlin. C'était dangereux.

32) Quel symbole rattachez vous aujourd'hui à votre action passée ?
Le mur de Berlin a été pendant 28 ans la séparation entre 2 mondes. Le monde des bons et le monde des méchants. C’était simple. Il était ainsi facile à savoir de quel coté on se trouvait. On savait même tout de suite où l´on était. Le mur divisait non seulement Berlin mais aussi l’Allemagne, l´Europe et le Monde. Maintenant le Monde est devenu beaucoup plus compliqué. Les bons et les méchants sont beaucoup plus dispersés. Parfois j’avais l´impression d´habiter dans une immense impasse. On ne pouvait pas aller plus loin. On ne pouvait que rebrousser chemin. C’était une situation complètement absurde, un peu comme dans une histoire de Raymond Devos. Ce mur je le comparais souvent à un crocodile qui dort tout le temps et qui soudain, sans crier gare, se réveille et dévore quelqu’un, en quelques secondes, avant de se rendormir jusqu´à la prochaine fois.Le mur, sa présence physique m'a provoqué, et de façon presque viscérale, m´a poussé à le peindre. Mais après tant d´années, sa présence résiste bizarrement dans les mémoires. Il persiste dans les têtes.